Assurer une population à risque, c’est un déjà pari. Alors le faire à moindre coût ressemblerait à une gageure… C’est pourtant l’idée que défend la micro assurance.

Le retour positif d’expériences étrangères, la progressive médiatisation de la micro finance et l’attribution en 2005 du Prix Nobel de la Paix à Mohammed Yunus et à sa banque spécialisée dans le micro crédit (Grameen Bank) sont autant de facteurs qui ont popularisé la pratique et la démarche de la micro assurance en France.

Progressivement, des entreprises se sont décidées à tenter l’aventure parmi lesquelles des assureurs (April, CNP, Matmut…) regroupés au sein de l’association « Entrepreneurs de la Cité », ou encore la Macif et Axa. Tous deux se sont associés à l’Adie pour concevoir une solution d’assurance répondant aux besoins d’une population dite « à risque » : les micro entrepreneurs.
Vulnérables d’un point de vue financier, les micro entrepreneurs soutenus par notre association sont d’anciens chômeurs ou allocataires du RMI. Plus que les autres, ils doivent pouvoir bénéficier d’une couverture d’assurance complète afin de ne pas mettre en péril leur nouvelle activité professionnelle : si un sinistre survient, ils ont rarement la capacité financière suffisante pour y faire face et c’est tout leur projet qui s’effondre avec des risques d’endettement énormes.

Une pure logique assurancielle voudrait que leurs primes d’assurance soient élevées. Ils se définissent en effet comme une population à risque et créent, qui plus est, leur entreprise dans des activités (vente ambulante..) ou des régions (Corse, Outre-mer …) sur lesquelles la société a de nombreux préjugés. Il a fallu montrer aux assureurs que l’élément statistique peut avoir ses limites. Je ne conteste pas qu’il puisse exister des fondements rationnels à cette segmentation de la population, mais notre métier est justement de trouver dans une population à risque ceux qui présentent le moins de risques… ! Les individus que nous accompagnons, nous les connaissons, nous avons crée avec eux une relation de confiance. Notre rôle est de rappeler que cette relation doit primer sur la seule statistique. Nous sommes un relais entre l’entrepreneur et son assureur et nous validons la personne autant que le projet. Les notions de réseau et de confiance sont ici déterminantes.

Afin de cibler les besoins spécifiques aux micro entrepreneurs en matière d’assurance, nous avons réalisé une étude en collaboration avec l’Essec [2] . Il en est ressorti que s’ils pouvaient s’assurer, plus de la moitié d’entre eux étaient mal assurés, « sur-assurés » ou « sous-assurés », et toujours confrontés à des tarifs trop élevés.
- 20% ne peuvent accéder financièrement à une couverture d’assurance,
- 40% n’ont pas pensé à s’assurer ou n’ont pas jugé cela utile,
- 40% n’ont pas pu évaluer la qualité de leur couverture.

Avec nos partenaires, nous avons travaillé à proposer une offre adéquate. Le résultat, nous l’avons concrétisé en mai 2007 avec 2 produits qui se présentent sous la forme de ‘packages’ combinant différentes couvertures (Multirisque Professionnel, Multirisque Habitation, Automobile et Construction), avec des plafonds de garanties adaptés au profil de ces microentreprises. Ce sont des produits très différents de ceux du marché : ils couvrent des risques limités, dans des ordres de grandeur différents… tout est repensé pour s’adapté aux besoins des micro entrepreneurs. Les formules sont simples, les options limitées, l’objectif principal étant de proposer un produit lisible et peu cher ( le coût pour les assurés est de l’ordre 300 euros par an, ce qui est 2 à 3 fois moins cher qu’une offre classique). Les assureurs, qui ont l’habitude de segmenter, ont joué le jeu de cette simplification.

Les retours sont positifs. Pour l’heure, les assureurs ont essentiellement indemniser des cas de petits sinistres classiques (petits vols, arrêts de travail, dégâts des eaux…) et les assurés ont pu bénéficier d’une prise en charge rapide. L’idée de la micro assurance fait son chemin et les assureurs, dans une volonté de s’engager dans une démarche sociale et solidaire, montrent que l’expérience peut être viable.

[1] L’Adie est une association reconnue d’utilité publique qui aide des personnes exclues du marché du travail et du système bancaire classique à créer leur propre emploi grâce au microcrédit. Elle a été créée en 1989 par Maria Nowak en adaptant à la France le principe du microcrédit. Elle s’adresse à toutes les personnes au chômage ou allocataires du RMI. L’Adie a financé plus de 50 000 entreprises et généré plus de 60 000 emplois depuis sa création.

[2] Enquête réalisée en 2006 par l’Adie en collaboration avec la Chaire Entrepreneuriat Social de l’Essec auprès de 600 créateurs d’entreprise bénéficiant d’un microcrédit.