L’adolescence est ce passage entre l’enfance à l’âge adulte, avec son lot de transformations physiologiques, psychologiques, émotionnelles, et l’apprentissage plus ou moins long et parfois difficile de l’autonomie. Tous les jeunes ne sont pas égaux devant l’adolescence, elle peut être vécue comme une crise parfois violente, ou plus sereinement. Ce qui est commun pour tous est cette recherche d’eux-mêmes, puisqu’ils quittent une enfance connue, protectrice, encadrée, sans savoir ce qui les attend à l’âge adulte. La recherche de soi passe par des expériences, une volonté de repousser ses limites pour retrouver au final celles qui pourront les structurer. Repousser ses limites et transgresser est indispensable pour grandir, mais l’adolescent y joue parfois son propre corps, et le risque peut se transformer en danger pour sa vie. Les parents et des adultes proches, les éducateurs, peuvent aider les jeunes à prendre conscience de ces dangers, et cette attention portée est en soi bénéfique. Car si les jeunes vivent parfois dans « leur » monde, ils n’en demandent pas moins des liens affectifs, ni trop coercitifs, ni laxistes, pour les accompagner tout au long de cette période sensible.

L’accès au cyclomoteur est également un passage, entre le vélo de l’enfant et l’automobile de l’adulte. Le cyclo représente le symbole même de l’adolescence, pour l’autonomie qu’il procure, l’élargissement de l’espace et du temps, la mise à distance de la protection parentale quand le groupe de pairs joue sa fonction initiatique. Mais il présente aussi une prise de risque, du fait même de sa motorisation et du dépassement de la vitesse requise par les jeunes, le débridage est une pratique fréquemment rencontrée chez nos interviewés ! Il peut y avoir danger quand, pour se valoriser vis-à-vis de soi-même et des autres, le jeune défie les règles de conduite, utilise l’engin comme un prolongement de son propre corps, avec lequel il pourra montrer sa « puissance », baigne dans un sentiment d’immortalité, transgresse… jusqu’à l’accident possible. Là encore, les parents, les éducateurs, ont leur rôle d’encadrement à jouer, ce qui n’est pas toujours le cas.

Si l’accès au scooter n’est possible que grâce au BSR, celui-ci est jugé, à la fois par les jeunes et les formateurs, assez inefficace. D’une part, la plupart des jeunes a déjà conduit un cyclo et de manière souvent transgressive avant de passer le BSR, sans contrôle ni sanction. D’autre part, la formation en soi est jugé trop courte et peu adaptée dans sa partie pratique, et quasi inaperçue pour sa partie théorique. Le BSR, de ce fait, perd son rôle de fonction symbolique, car il n’est pas pris au sérieux par l’institution. Il perd aussi son rôle de guidage pour des jeunes qui aimeraient être rassurés sur leurs capacités de conduite. Ce besoin de cadrage et de sécurisation est indispensable car il permet de mettre des limites et de s’en servir pour s’autonomiser. Les jeunes demandent eux-mêmes une optimisation du BSR, dans le sens d’un véritable examen, qui validerait leurs capacités de conduire, les sanctionnerait le cas échéant, les accompagnerait dans les contrôles et la vigilance. Ce « permis de bonne conduite » serait aussi un « permis de grandir », et constituerait un encadrement complémentaire à celui des parents, dont il faudrait aussi stimuler la responsabilité et la conscience de devoir prendre véritablement soin de leurs enfants, en respectant les changements de l’adolescence tout en leur offrant, dans une « juste distance », amour et protection. (Éléments d’analyse de l’étude DRC pour la FFSA)