Face à l’ampleur du discrédit qui frappe les piliers du système financier, nombreux sont ceux qui, parmi les dirigeants et les investisseurs, cherchent à opposer un contrepoids à la logique implacable de la rentabilité à deux chiffres, pour redonner du sens à des projets communs et de la confiance dans les rouages de la vie économique et de l’entreprise.
La définition même de l’entreprise en est affectée, puisque, la supériorité d’un modèle prenant en compte les parties prenantes (« stakeholders ») s’impose aujourd’hui par rapport au modèle orienté sur la satisfaction des actionnaires (« shareholders »).
Influencés par la volonté d’un nouveau capitalisme, responsable, créatif ou solidaire, dirigeants d’entreprises, investisseurs et épargnants sont en demande de placements fiables et responsables, d’une démarche plus respectueuse d’objectifs non financiers, prenant en compte la gestion nouvelle de la rareté des ressources naturelles, la qualité de l’environnement humain et la bonne gouvernance de l’entreprise.
Toutes ces démarches s’inscrivent dans une stratégie durable, celle de la Responsabilité Sociale et Environnementale des Entreprises (RSE) qui constitue bien plus qu’une opportunité stratégique pour le positionnement d’une entreprise sur les marchés et in fine sa performance économique. Elle participe en effet à la réduction de ses risques, à son organisation interne, à la mobilisation de son personnel, afin de rapprocher plus logiquement les actions de l’entreprise de ses résultats sociaux, solidaires et environnementaux.
Car, la société du risque qui nous gouverne doit amener impérativement les dirigeants à positionner la stratégie de développement de leur entreprise sur ces engagements afin d’intégrer ces domaines dans leurs modèles internes de quantification des risques, d’anticiper sur ceux-ci pour développer des stratégies ad hoc :
le risque financier, avec la demande grandissante d’investissements socialement responsables s’appuyant sur des analyses et des notations extra-financières et sociales, ainsi qu’une progression massive de l’épargne « responsable » ;
le risque environnemental : préjudices et empreintes écologiques sont une réalité dont doit tenir compte le dirigeant s’il ne veut être exposé sur le plan judiciaire et pénal, la performance environnementale faisant elle-même l’objet d’eco-rating ;
le risque social, dont le périmètre ne cesse de s’élargir aux litiges visant à sanctionner les comportements de l’entreprise : contentieux pour harcèlements, pour discriminations, pour le respect des règles d’hygiène et de sécurité, … Ces contentieux se combinent à des actions pénales et devant la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité (HALDE). Ce phénomène s’amplifiera, les saisines prud’homales portant régulièrement sur ces enjeux, et les coûts inhérents n’en seront que plus élevés ;
le « risque d’image » qui conduit les entreprises à gérer leur « capital de réputation » comme un atout de différenciation et d’attractivité ;
d’autres considérations entrent en ligne de compte : perte des meilleurs talents, pertes des investisseurs, baisse de la valeur des actions, perte de clientèle et de partenaires commerciaux, perte des contrats, risque d’être soumis à des campagnes de dénigrement, atténuation du sentiment d’appartenance à l’entreprise ; émergence d’entreprises civiques ; pouvoir d’appréciation de la conduite de l’entreprise par les juges, …
Face à ces risques, tous plus coûteux les uns que les autres, tout plaide pour le développement de démarches responsables au sein de l’entreprise, misant sur la transparence des décisions d’investissement, le respect des normes de protection de l’environnement et des droits sociaux. Nombreux sont ceux qui engagent une vraie rupture culturelle mettant en place un processus permanent propre à anticiper les situations de crise. Car, l’ère actuelle est celle de la mesure de l’utilité sociale.
A titre d’illustration, la stratégie visant à dynamiser le volet social de la RSE, peut s’attacher à promouvoir l’emploi durable par des modes de gestion appropriés des contrats de travail, à innover par une organisation du travail adaptée pour répondre aux questions de pouvoir d’achat, à porter une vigilance nouvelle sur les questions de santé au travail, d’hygiène et de sécurité, ainsi que de prévoyance (absentéisme, investissements en prévention, accidents du travail …), à accompagner l’évolution des mentalités dans la prévention des discriminations, la lutte contre les nouvelles formes de travail dissimulé, la promotion de l’égalité professionnelle, et de la diversité dans l’entreprise, etc…
Plus que jamais, une stratégie RSE doit être partagée au plus haut niveau de l’entreprise, car, au-delà de l’impérieuse nécessité de répondre au manque de crédibilité lié à la financiarisation de l’économie, au-delà de la nécessité d’anticiper sur les nouveaux risques émergents pour mieux les intégrer, il y a un formidable effet de levier pour la performance globale de l’entreprise et de son attractivité pour l’ensemble des parties prenantes de l’entreprise.










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